Éloge de Francis Melville Lynch
Author
CVV Itxassou
Date Published

Éloge de Francis Melville Lynch, Membre Fondateur du Club de vol voile d'Itxassou.
Aujourd'hui, nous célébrons une étape marquante dans l’histoire de notre club, un moment où nous honorons les soixante-dix ans d’existence de notre communauté de passionnés. Cette occasion est d’autant plus significative car elle nous permet de rendre hommage à un homme dont le nom est indissociable de l’histoire de notre club, un membre fondateur, Francis Melville Lynch.
Francis Melville Lynch n’est pas simplement un nom dans les annales de notre club. Il est un véritable pilier, un homme dont la vision, l'engagement et la passion ont permis de poser les bases de ce que nous sommes aujourd'hui. À une époque où l'aviation n'était pas encore aussi accessible qu'elle l'est aujourd'hui, et où la pratique du planeur était encore peu répandue, Francis a eu l'audace et le courage de rêver d'un endroit où des passionnés pourraient se réunir, s’entraîner et partager l’amour du vol à voile.
Fondateur du club, il a su fédérer les premières générations de pilotes autour de cette même flamme. Il n’a jamais hésité à mettre de côté ses propres intérêts pour faire avancer la cause du club. Grâce à lui, les premières étapes de notre histoire ont été marquées par des moments de travail acharné, de persévérance et surtout, d'unité.
Si nous avons aujourd’hui des installations modernes, des planeurs performants, et une équipe solide, c’est en grande partie grâce à la vision à long terme de ce grand aventurier qu'était Francis. C'est lui qui a vu les possibilités là où d’autres voyaient des obstacles, qui a su convaincre les premiers mécènes, qui a fait naître cette communauté qui a traversé les décennies.

Né à Bayonne le 26 avril 1917, Francis, Paul, Melville-Lynch, y effectue toute sa scolarité. Très attiré par l'aviation, il s'engage dans l'Armée de l'air à sa sortie du lycée en 1936. Il obtient son brevet de pilote le 26 mars 1936 à Royan. Il est alors versé à la 4e escadrille de reconnaissance de la 36e escadre puis à l'E.A.A 301 (Entrepôt de l'Armée de l'air) en mai 1939. Il est lors de la déclaration de guerre le pilote militaire avec le plus grand nombre de type d'appareils à son actif : son carnet de vol porte à cette date les références de cent dix huit machines différentes, allant du minuscule appareil de club au bombardier lourd. Sa polyvalence le désigne pour convoyer des appareils pendant la campagne de France.
Carrière militaire et missions
Le 25 juin 1940, à 10 heures du matin, alors qu'il n'y a plus espoir de continuer la lutte, le sergent-chef Melville-Lynch, pilote du « LEO 45 no 320 », accompagné d'un navigateur, de deux mécaniciens et de trois passagers, décolle du terrain de « Pontlong » à Pau, dans des conditions tragiques. C'est d'ailleurs le seul avion qui s'envole ce jour-là puisque qu'une interdiction de vol générale est en vigueur. Il arrive à Oran en Algérie à 12h15 et est immédiatement mis aux arrêts par le commandant du terrain.
Évadé d'Oran par ses propres moyens, ce qui lui vaut une condamnation à mort par le Tribunal Militaire de Clermont-Ferrand pour désertion, il part pour le Maroc, avec le sous-lieutenant Goychman où il est affecté à une section de convoyage. Fin juillet 1940, il part en « Glenn-Martin » et atterrit à Gibraltar bien que la piste ne fasse que 600 mètres de long... Il repart pour l'Angleterre 15 jours plus tard, en emmenant avec lui le capitaine Pijeaud qui allait devenir le premier commandant en chef des Forces Aériennes Françaises Libres en Afrique du Nord. Ils rejoignent l'Angleterre à Saint-Éval en Cornouailles, pour retrouver les F.A.F.L du général de Gaulle le 29 juillet 1940.
Ayant le plus grand désir de repartir le plus tôt possible au combat, il s'envole pour le Moyen-Orient où il est stationné pour de nombreuses missions. Sur la demande du colonel Palewski, haut commissaire en Extrême-Orient, Il est affecté au 8e escadron à Aden pour combattre les italiens en Abyssinie. Cette décision lui vaut sa deuxième condamnation à mort par la Cour de Riom en 1943.
Versé dans la Royal Air Force, il accomplit avec l’escadron de bombardement n° 8, un tour d'opérations au Moyen-Orient à partir d'avril 1941.
Pilote des Forces aériennes françaises libres (F.A.F.L)
Récupéré par les Forces aériennes françaises libres, il participe avec Lionel de Marmier à la création du réseau aérien du Moyen-Orient.
A ce titre, il devient en janvier 1942 le pilote de Gaston Palewski.
Muté à sa demande en Grande-Bretagne, il effectue des missions de bombardement comme pilote sur bombardier moyen "Boston"au sein du Groupe Lorraine. Il y fait la connaissance du commandant Michel Fourquet dit « Gorri » - le Rouge – et accumule les missions avec deux navigateurs bien particuliers : Pierre Mendès-France et Romain Gary. L'écrivain évoquera ses vols avec Francis dans La Promesse de l'aube paru en 1960.
Son avion est très gravement endommagé au retour d'un raid sur des rampes de bombardement V1 au dessus de la France, le 23 décembre 1943. Touché par un tir de DCA , il réussit néanmoins à regagner l'Angleterre sur un seul moteur et finit par se crasher dans un champ. Deux de ses membres d'équipage y perdent la vie; Lui-même met près d'un an à se rétablir.
À la libération de Paris en août 1944, il fait partie de l'entourage des Généraux Koenig et Leclerc.
Pilote forteresse volante et tour du monde
En août 1944, il est choisi par le colonel Corniglion-Molinier pour devenir le pilote exclusif de l'unique forteresse volante de l'Armée de l'air, cadeau du général Heisenhower au chef de la 1re D.F.L., mise au service du général Koenig, commandant l'ensemble des Forces Militaires Françaises stationnées en Angleterre. À ce titre, il en sera le pilote pendant cinq années. À bord de ce quadrimoteur B17, baptisé «Bir Hakheim» converti en transport de hautes personnalités, il transporte en septembre 1945 l'amiral Thierry d'Argenlieu, envoyé par De Gaulle pour reprendre le contrôle de l'Indochine française, puis rentre en France via les États-Unis. Il devient ainsi le premier pilote militaire français à effectuer le tour du monde en avion en 133,30 heures de vol. Cet exploit a un retentissement considérable.

Il obtient le grade de lieutenant en 1949. Il est muté en Allemagne avec «sa» forteresse, et transporte jusqu'en octobre 1950 de hautes personnalités politiques et militaires du moment. Puis il retourne en Indochine où il effectue de nombreuses missions dans des conditions très difficiles et pilote personnellement le maréchal de Lattre de Tassigny.
En 1954, il est désigné par le S.D.E.C.E (Service de documentation extérieure et de contre espionnage) comme pilote du projet de parachutage d'agents secrets en Chine et en Union soviétique. À ce titre, il retrouve son avion préféré.

Après-guerre
Francis Melville-Lynch poursuit sa carrière en Afrique où il vole beaucoup sur bimoteur MD-312. Puis il revient en métropole où il devient officier de liaison du Service d'exploitation de la formation aéronautique.
Très attaché à sa région natale, il obtient d'être affecté en Aquitaine. Il est en 1970 l'un des deux responsables de la renaissance de l'aviation légère au Pays basque, après la faillite des « Ailes Basques ».
Il relance le vol à voile sur le terrain d'Itxassou et en fait l'un des clubs des plus actifs d'Aquitaine. Sous sa direction, plus de trois cents jeunes sont initiés au pilotage de planeur et brevetés en l'espace de onze années. Le terrain est rééquipé avec de nouvelles pistes et une route d'accès goudronnée. Le club se constitue alors d'un parc de dix machines et un remorqueur, effectuant une moyenne de mille heures de vol par an.
C'est encore lui qui est à l'origine de la création de la stèle commémorative, présente sur le terrain d'Itxassou, en hommage au sous-lieutenant Robert Iribarne, champion de pelote, tué en février 1945 lors d'une mission de chasse au sein du groupe Normandie-Niemen.
En se retirant en 1981, il est fait à l'unanimité président d'honneur à vie. Il meurt le 30 septembre 1989 à Bayonne.

Au-delà de son rôle de bâtisseur, Francis Melville Lynch a incarné l'esprit même du vol à voile : un mélange d'aventure, de précision, de patience et de respect. Il savait mieux que quiconque apprécier la beauté du ciel et les défis que la météo nous impose. Mais ce qui le rendait encore plus unique, c'était sa capacité à transmettre cette passion.
Qu’il s’agisse de jeunes pilotes en devenir ou de vétérans cherchant à se perfectionner, Francis savait motiver et inspirer chacun d'entre nous.
Aujourd'hui, même si le temps a passé, son héritage est toujours là, ancré dans nos pratiques, dans la manière dont nous nous comportons les uns envers les autres et dans l'accueil que nous offrons aux nouveaux membres. Francis a toujours su nous rappeler que le vol à voile, c'est bien plus qu'une simple activité, c’est un art de vivre qui demande engagement, humilité et persévérance.
Francis Melville Lynch, ton impact sur notre club est immense et indélébile. Grâce à toi, non seulement ce club a vu le jour, mais il a su se développer et évoluer, porté par un esprit collectif et une passion sans faille. C'est avec une immense reconnaissance et une grande fierté que nous te rendons hommage aujourd’hui.
En son honneur, et pour célébrer ces soixante-dix ans de vol à voile, nous devons le remercier sincèrement pour tout ce qu'il a fait et pour tout ce qu'il continue d'incarner pour chacun d'entre nous.
Merci Monsieur Melville-Lynch, et que votre esprit continue de guider notre passion à travers les vents et les cieux.
Olivier SADI
